Un lieu de réflexion et d'échange d'idées

Un lieu de réflexion et d'échange d'idées...

mardi 8 octobre 2013

Femmes entre Lettres, Pensées et Arts.

Je vous y attends nombreux pour un échange passionné et  passionnant, je l’espère.
J

lundi 3 juin 2013

Il est encore possible d'y participer !

Pour tous ceux sensibles aux vivre ensemble aujourd'hui .

Il est encore possible d'y participer !

Horaire de la journée d’étude « Dialogue avec la pensée raciste »
Organisé par le Service Entraide Migrants
6 juin, Centre Culturel de Gembloux

9h00  9h35 : accueil participants (café, dossiers) et animations par les acteurs

9h35  9h40 : Mot d’ouverture de la journée (Eveline)


9h40  9h55 : présentation du SEM (Urinda)

9h55  10h00 : saynète 1 (Philippe)

10h00 10h45 : J-P Leyens (25/30’)
(introduit par animateur 5’) puis questions du public (10/15’)

10h45 : Mot avant pause (Eveline)

10h45 11h15 : pause *****************************************

11h15  11h20 : saynète 2 (Philippe)

11h20  12h05 : Nicolas Bossut (25/30’)
(introduit par animateur 5’) puis questions du public (10/15’)

12h05  12h20 : explication sur les animations par les acteurs

12h20  12h40 : témoignage (Aras)

12h40  12h45 : mot avant repas (Eveline)

12h45  13h45 : pause ****************************************

13h45 14h00 : Benoîte Dessicy (introduite par animateur)

14h00  15h15 : Malika Madi (35/40’)
(introduite par animateur 5’) puis questions du public (25/30’)

15h15  15h20 : saynète 3 (Philippe)

15h20  16h05 : E. Delruelle (25/30’)
(introduit par animateur 5’) puis questions du public (10/15’)

16h05  16h10 : saynète 4 (Philippe)

16h10  16h20 : mot de clôture (Eveline)

Chers partenaires,
Comment comprendre l’émergence du racisme ?
Quelle position adopter face au discours raciste ?
Suis-je raciste ?
Comment expliquer mon choix et mon engagement par rapport au public migrant ?
Quelle est ma propre vision de l’étranger ?
... autant de questions qui peuvent vous interpeller, vous les professionnels qui rencontrez la population migrante dans le cadre de votre travail.
une journée de formation le jeudi 6 juin
pour réfléchir à ces questions, en présence des orateurs suivants :
Jacques Philippe Leyens
à Professeur émérite de l'UCL, psychologie sociale,
à Auteur de l’essai « Sommes-nous tous racistes ? »

Nicolas Bossut
à Secrétaire général de Pax Christi Wallonie-Bruxelles

Malika Madi
à Romancière belge d’origine berbère
à Auteur de l’essai « Je ne suis pas raciste, mais… »

Edouard Delruelle
à Directeur adjoint du Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme

De plus, nous aborderons la question sous un point de vue différent et décalé grâce
· - aux interventions de Philippe Vauchel, artiste comédien engagé,
· - à des animations déambulatoires, des témoignages...
Merci de diffuser cette information à votre réseau et pourquoi pas en parler lors de votre prochaine réunion d’équipe !
Au plaisir de vous rencontrer à cet événement !
L’Equipe du SEM
Service Entraide Migrants
Rue Chapelle Marion 13
5030 Gembloux

lundi 29 avril 2013

Chers partenaires,
Comment comprendre l’émergence du racisme ?
Quelle position adopter face au discours raciste ?
Suis-je raciste ?
Comment expliquer mon choix et mon engagement par rapport au public migrant ?
Quelle est ma propre vision de l’étranger ?
... autant de questions qui peuvent vous interpeller, vous les professionnels qui rencontrez la population migrante dans le cadre de votre travail.
une journée de formation le jeudi 6 juin
pour réfléchir à ces questions, en présence des orateurs suivants :
Jacques Philippe Leyens
à Professeur émérite de l'UCL, psychologie sociale,
à Auteur de l’essai « Sommes-nous tous racistes ? »

Nicolas Bossut
à Secrétaire général de Pax Christi Wallonie-Bruxelles

Malika Madi
à Romancière belge d’origine berbère
à Auteur de l’essai « Je ne suis pas raciste, mais… »

Edouard Delruelle
à Directeur adjoint du Centre pour l’Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme

De plus, nous aborderons la question sous un point de vue différent et décalé grâce
· - aux interventions de Philippe Vauchel, artiste comédien engagé,
· - à des animations déambulatoires, des témoignages...
Merci de diffuser cette information à votre réseau et pourquoi pas en parler lors de votre prochaine réunion d’équipe !
Au plaisir de vous rencontrer à cet événement !
L’Equipe du SEM
Service Entraide Migrants
Rue Chapelle Marion 13
5030 Gembloux

vendredi 23 novembre 2012

L'étincelle qui embrasa le monde


Rêves d'hiver au petit matin
 
Les printemps arabes vus par 50 écrivains et dessinateurs
Textes inédits et dessins receuillis par Bernard Magnier
 
Editions Elyzad 2012
 
Tunis, Tunisie
 
 
L’étincelle qui embrasa le monde

Malika Madi

« Ce jour-là, les agents municipaux lui avaient confisqué son outil de travail et l'un d'eux l'avait giflé. Il s'est alors rendu à la municipalité, puis au gouvernorat pour se plaindre, mais ici, à Sidi Bouzid, il n'y a personne pour nous écouter… »1

Mon frère était un homme simple, un homme de la terre que la terre a avalé l’année de ses vingt-six ans. Besbouss, c’est ma mère qui lui a offert ce surnom, s’était levé le matin, avait passé un peu d’eau fraiche sur son visage puis s’était longuement regardé dans le miroir. Une journée comme les autres, une journée de galère où gagner de quoi survivre est une gageure. Son rêve ? S'offrir une camionnette pour ne plus avoir à pousser cette charrette qu’il tentait d’achalander de fruits et de légumes frais pour ensuite aller les vendre sur les trottoirs de Sidi Bouzid. Mohamed, sa charrette et sa balance étaient nos seuls biens.

La mort de notre père, survenue lorsque nous n’étions encore que des enfants de la maternelle, nous révéla trop vite la brutalité du destin ingrat que la vie réserve aux indigents. Pendant sept ans, les sbires du pouvoir se serviront dans sa caisse, lui appliqueront des amendes ou lui confisqueront sa marchandise. Il faut connaître les bonnes personnes pour éviter les pots de vin ou les arrestations arbitraires. La pauvreté, à travers le monde, est une ignominie, quel qualificatif lui attribuer lorsqu’elle est subie dans un pays où la corruption est élevée au rang d’institution ?

Le 17 décembre 2010, nous nous étions levés à l’aube, comme tous

les matins. Mohamed avait passé un peu d’eau fraiche sur son

visage avant d’avaler, à la hâte, le café au lait bien sucré que je lui

 avais préparé. Il avait plongé son regard dans le mien. Je ne peux

pas expliquer pourquoi ce matin-là nous nous étions regardés aussi

longuement alors que jamais nous ne l’avions fait par le passé. Il a

 posé son bol dans l’évier. Par pudeur, je n’ai pas levé les yeux sur

son visage, mais juste aperçu sa main droite et l’index qui effleurait
 
le reste de la mousse de lait sur le bord extérieur de la tasse. J’ai

entendu la porte se refermer derrière lui puis le mouvement des

 roues de sa vieille charrette déchirer la quiétude d’un matin de

 décembre dans le nombril de la Tunisie. Lorsqu’il s’est éloigné,

 j’ai fermé les yeux et j’ai prié. Bien après sa mort, un grand
 
écrivain rédigea ces mots : « un homme simple, comme il y en a

 des millions, qui, à force d'être écrasé, humilié, nié dans sa vie, a

 fini par devenir l'étincelle qui embrase le monde ». 

1 Leïla Bouazizi, sœur de Tarek dit Mohammed.

2 Par le Feu, Tahar Ben Jelloun, éditions Gallimard

dimanche 11 novembre 2012

Espace Magh le samedi 15 décembre à 15 h : Malika Madi Festival Femmes et Migrations



Agenda

LITTERATURE
Samedi 15 décembre 2012

Rencontre avec Malika Madi Festival Femmes et Migrations

15 h 
Entrée libre
Malika Madi représente un fabuleux mélange entre deux cultures : belge et berbère. Son premier roman Nuit d’encre pour Farah a fait sensation. Il lui a valu le Prix de la Première OEuvre décerné par la Communauté française de Belgique et a été nominé pour le Prix des Lycéens en 2003. Auteure de quatre romans et d’un essai, elle se lance aujourd’hui dans l’écriture théâtrale et adapte pour le cinéma son roman Les silences de Médéa. Dans les écoles, Malika Madi anime régulièrement des ateliers d’écriture.

DATES

LU10décembre201218.30

réservez
ESPACE MAGH - Rue du Poinçon 17 - 1000 Bruxelles - Tel. +32 (0)2 274 05 10 - Fax +32 (0)2 274 05 20 - info@espacemagh.be


 




mercredi 13 juin 2012

Lecture publique à Dar El Amal


Le samedi 23 juin prochain à 14 h


À Dar El Amal Rue de Ribaucourt, 51 1080 Molenbeek


Aura lieu la lecture publique d'une création collective qui verra le jour fin 2012.


Ben Hamidou, comédien, directeur de Smoners Asbl, Gennaro Pitisci, metteur en scène, directeur du théâtre Brocoli et moi-même serons heureux de vous présenter le travail de nos huit comédiennes amatrices, mais à l'implication toute professionnelle.


L' histoire :

Quatre générations de femmes originaires du Rif marocain avec les succès complicités, l'amour, les conflits, les heurts et les malheurs de personnalités aussi diverses que passionnantes.


Tout se vit sereinement dans cette famille jusqu'au jour où se posent les questions : "Que va-t-on faire de l'arrière-grand-mère ? Qui va la garder ? À quel rythme la partager ? " L'une d'elles dira alors : " Parait qui a un home pour musulmans qui va ouvrir à Molenbeek ! " La bombe est lâchée ! Deux clans se forment ; celui pour le placement de la matriarche, évoquant les temps qui changent et la vie active qui les happe et celui contre, revendiquant les us, les traditions, le devoir envers les anciens.


Tout cela traité avec humour et second degré.


Bienvenue à Dar El Amal pour connaître la suite.


L'entrée est gratuite.










samedi 26 mai 2012



Albert Camus
Albert Camus ou l'intemporalité d'une œuvre


Dire d' Albert Camus qu'il est l'un des plus grands écrivains de l'histoire de la littérature mondiale est un euphémisme. Camus n'écrit pas, il expose. Camus ne décrit pas, il "habite". Chaque phrase et chaque mot choisi semblent avoir été conçus par lui pour définir, à l'instant même où il écrit, ce pan des émotions humaines qu'il est l'un des rares romanciers à décrire de l'intérieur. N'est pas prix Nobel de littérature qui veut. Il le reçoit le 10 décembre 1957 "Pour l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes" .


Albert Camus est né en Algérie en 1913 dans un village Constantinois. Il ne connaitra jamais son père qui meurt à 28 ans alors que Camus n'a pas encore un an. Il garde de lui une photo et une anecdote ; "son dégoût devant le spectacle d'une exécution capitale". Cette évocation sera reprise dans son magistral roman "L'étranger" où son personnage principal connaîtra le même ressentiment alors qu'il est lui-même condamné à mort. Élevé par sa mère, mais surtout par une grand-mère pauvre et autoritaire dans le quartier misérable de Belcourt, à Alger, Camus dira cette phrase magnifique : « La misère m'empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l'histoire ; le soleil m'apprit que l'histoire n'est pas tout. » Camus éprouve pour sa mère un amour profond, mais il n'y aura jamais de véritable communication entre eux. C’est une femme exténuée par le travail, à demi-sourde et presque analphabète. Pendant la guerre qui opposa la France aux indépendantistes algériens, Camus publie en 1955 et 1956 des articles dans le journal l'Express d'une grande lucidité sur les exactions commises aussi bien par la France que par les combattants pour l'indépendance. Déjà en 1939, lorsqu'il sera envoyé en reportage en Kabylie, il dénoncera l'atroce et misérable vie des populations 1 " j'ai mal à l'Algérie" dira-t-il, mais lors de la remise du prix Nobel de littérature en 1957, en réponse à une question que lui pose un jeune algérien, il dira cette phrase qui suscita beaucoup de commentaires à l'époque : "J'ai toujours condamné la terreur, je dois condamner aussi un terrorisme qui s'exerce aveuglément dans les rues d'Alger, par exemple et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois en la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice."

1-Voir à ce sujet l'article qu'il a écrit en 1939 pour le quotidien l'Alger républicain et que je reprends tel quel plus bas.  

L'absurde

Les historiens voient dans l’œuvre de Camus une empreinte existentialiste mais Camus refuse ce genre défendu par Sartre, un temps son ami avant de devenir son grand ennemi. Camus travaille l'absurde et ce qui fascine dans son œuvre est justement le traitement de l'absurde. Cette manière qui lui est propre de voir le monde, la vie, le temps qui passe et qui s'inscrit en nous et malgré nous. La vie vaut-elle la peine d'être vécue ? Pour la plupart des hommes, vivre se ramène à « faire les gestes que l'habitude commande ». Mais le suicide soulève la question fondamentale du sens de la vie : "Mourir volontairement suppose qu'on a reconnu, même instinctivement, le caractère dérisoire de cette habitude, l’absence de toute raison profonde de vivre, le caractère insensé de cette agitation quotidienne et l'inutilité de la souffrance"

Camus aime la vie, les femmes, l'Algérie, le soleil. Il écrit et prend du plaisir à créer pour le théâtre. Ses pièces sont très (trop ?) littéraires, mais il s'en fout, il met en scène et joue même parfois lui-même sur scène. Alors que Sartre éprouve un dégout pour la littérature, Camus y exprime tout le mal-être de l'homme, toute sa face sombre et la terrible remise en question du sens et de la raison même de la vie. « Je tire de l'absurde, dit Camus, trois conséquences qui sont  ma révolte, ma liberté, ma passion. Par le seul jeu de ma conscience, je transforme en règle de vie ce qui était invitation à la mort - et je refuse le suicide ». Ainsi se définit l'attitude de « l'homme absurde ».



Misère de la Kabylie.


Albert Camus


L'Alger républicain, 1939


Par un petit matin, j'ai vu à Tizi-Ouzou des enfants en loques disputer à des chiens kabyles le contenu d'une poubelle. À mes questions, un Kabyle a répondu : « C'est tous les matins comme ça. » Un autre habitant m'a expliqué que l'hiver, dans le village, les habitants, mal nourris et mal couverts, ont inventé une méthode pour trouver le sommeil. Ils se mettent en cercle autour d'un feu de bois et se déplacent de temps en temps pour éviter l'ankylose. Et la nuit durant, dans le gourbi misérable, une ronde rampante de corps couchés se déroule sans arrêt. Ceci n'est sans doute pas suffisant puisque le Code forestier empêche ces malheureux de prendre le bois où il se trouve et qu'il n'est pas rare qu'ils se voient saisir leur seule richesse, l'âne croûteux et décharné qui servit à transporter les fagots. Les choses, dans la région de Tizi-Ouzou, sont d'ailleurs allées si loin qu'il a fallu que l'initiative privée s'en mêlât. Tous les mercredis, le sous-préfet, à ses frais, donne un repas à 50 petits Kabyles et les nourrit de bouillon et de pain. Après quoi, ils peuvent attendre la distribution de grains qui a lieu au bout d'un mois. Les sœurs blanches et le pasteur Rolland contribuent aussi à ces œuvres de charité.

On me dira : « Ce sont des cas particuliers... C'est la crise, etc. Et, en tout cas, les chiffres ne veulent rien dire. » J'avoue que je ne puis comprendre cette façon de voir. Les statistiques ne veulent rien dire et j'en suis bien d'accord, mais si je dis que l'habitant du village d'Azouza que je suis allé voir faisait partie d'une famille de dix enfants dont deux seulement ont survécu, il ne s'agit point de chiffres ou de démonstration, mais d'une vérité criante et révélatrice. Je n'ai pas besoin non plus de donner le nombre d'élèves qui, dans les écoles autour de Fort-National, s'évanouissent de faim. Il me suffit de savoir que cela s'est produit et que cela se produira si l'on ne se porte pas au secours de ces malheureux. Il me suffit de savoir qu'à l'école de Talam-Aïach les instituteurs, en octobre passé, ont vu arriver des élèves absolument nus et couverts de poux, qu'ils les ont habillés et passés à la tondeuse. Il me suffit de savoir qu'à Azouza, parmi les enfants qui ne quittent pas l'école à 11 heures parce que leur village est trop éloigné, un sur soixante environ mange de la galette et les autres déjeunent d'un oignon ou de quelques figues.
À Fort-National, à la distribution de grains, j'ai interrogé un enfant qui portait sur son dos le petit sac d'orge qu'on venait de lui donner.
- Pour combien de jours, on t'a donné ça ?
- Quinze jours.
- Vous êtes combien dans la famille ?
- Cinq.
- C'est tout ce que vous allez manger ?
- Oui.
- Vous n'avez pas de figues ?
- Non. Vous mettez de l'huile dans la galette ?
- Non. On met de l'eau.
Et il est parti avec un regard méfiant.
Est-ce que cela ne suffit pas ? Si je jette un regard sur mes notes, j'y vois deux fois autant de faits révoltants et je désespère d'arriver à les faire connaître tous. Il le faut pourtant et tout doit être dit.
Pour aujourd'hui, j'arrête ici cette promenade à travers la souffrance et la faim d'un peuple. On aura senti du moins que la misère ici n'est pas une formule ni un thème de méditation. Elle est. Elle crie et elle désespère. Encore une fois, qu'avons-nous fait pour elle et avons-nous le droit de nous détourner d'elle ?


Albert Camus est mort dans un accident de voiture en 1960.