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lundi 11 avril 2011

Le niqab, la bourqa et pendant ce temps-là des lybiens et des ivoiriens meurent chaque jour

Aujourd'hui lundi 11 avril 2011 en France entre en vigueur une loi "interdisant de dissimuler son visage dans l'espace public". Le débat sur la laïcité est devenu tel qu'il serait peut-être normal de ce questionner sur les véritables priorités des dirigeants français. la Belgique, qui ne fonctionne depuis des mois qu'avec un gouvernement sortant,  échappe, pour l'instant,  à ces débats sensibles qui n' ont pour finalité que dissimuler les véritables problèmes d'une société qui évolue (multiculturalité, foisonnement de nouveaux talents...) et qui stagne à la fois (crise économique, chômage..). Bien sûr, le port du niqab dans nos sociétés modernes est tout simplement intolérable (voir pour cela l'article que j'ai écrit il y a deux ans et que j'ai publié sur mon site http://www.malika-madi.net/documents/opinions/La_bourqa.pdf ) mais rédiger une loi, la faire voter puis lui permettre d'entrer en vigueur et cela pour éradiquer une pratique usitée par deux mille femmes sur 65 millions d'habitants n'est pour moi qu'une façon de flirter avec les voix de l'extrême droite à un an des élections présidentielles. Claude Guéant, ministre de l'intérieur en France, joue d'ailleurs admirablement sur ce registre puisqu'il affirmait la semaine dernière «les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux». Il faut pour cela féliciter Sarkozy, il est doué pour faire faire à ses ministres le sale boulot, celui de rallier à lui la droite la plus rigide et la plus conservatrice.




 Ci-dessous un article du Figaro.fr

De gauche à droite : un niqab, interdit dans l'espace public, un hidjab, une kippa et un dastaar, interdits dans les écoles publiques.
De gauche à droite : un niqab, interdit dans l'espace public, un hidjab, une kippa et un dastaar, interdits dans les écoles publiques.

FOCUS La loi sur le voile intégral qui entre en vigueur ce lundi vient s'ajouter à celle déjà existante sur les signes religieux dans les écoles. Récapitulatif des pratiques non-autorisées.

• La loi du 15 mars 2004 interdit le port de tenues et de signes religieux « ostensibles » à l'école. Elle s'applique depuis la rentrée scolaire 2004/2005.
Ce qu'il est interdit de porter :
- le voile, plus ou moins couvrant (hidjab, tchador, khimâr)
- la kippa
- les grandes croix chrétiennes (catholique, orthodoxe)
- le dastaar, turban avec lequel les Sikhs cachent leurs cheveux
- le bandana s'il est revendiqué comme signe religieux et couvre la tête
Qui est concerné ?
Les élèves des établissements scolaires publics, même majeurs, tout le personnel scolaire, enseignants compris, et les parents accompagnant les sorties scolaires.
Où s'applique l'interdiction ?
Les écoles, collèges et lycées publics (classes préparatoires et BTS compris), et tous les lieux extérieurs accueillant des activités scolaires (gymnases…). Les universités ne sont pas concernées.
En France et dans les territoires d'outremer suivant : France, Saint-Pierre-et-Miquelon, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, et Mayotte. La loi ne s'applique pas en Polynésie.
Les risques encourus : une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu'à l'exclusion si l'élève persiste dans son refus d'enlever le signe religieux après un dialogue prolongé avec le chef d'établissement.
» Le texte de loi en intégralité
• La loi du 12 octobre 2010 interdit le port du voile intégrale dans l'espace public. Elle s'applique à compter du 11 avril 2011.
Ce qu'il est interdit de porter :
Tout ce qui dissimule le visage :
- le niqab
- la burqa
- les cagoules
- les masques
Exception : en cas de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles, processions religieuses notamment.
Qui est concerné ?
Tout le monde, y compris les touristes musulmanes.
Où s'applique l'interdiction ?
Dans l'espace public, à savoir la rue, les transports en commun (mais pas les voitures particulières), la plage, les jardins publics, les commerces, cafés et restaurants, magasins, banques, gares, aéroports, administrations, mairies, tribunaux, préfectures, hôpitaux, musées, bibliothèques.
La loi s'applique sur l'ensemble du territoire de la République, en métropole comme en outre-mer.
La circulaire d'application de la loi préconise aux forces de l'ordre une certaine souplesse à proximité des lieux de culte.
Les risques encourus :
Un stage de citoyenneté et/ou une amende maximale de 150 euros.

Les risques encourus :

Un stage de citoyenneté et/ou une amende maximale de 150 euros.

lundi 4 avril 2011






 La Maison Losseau : Chef d'oeuvre en péril ! La Maison Losseau, véritable trésor de notre patrimoine, grande réussite architecturale du début du XXème siècle tombe en ruine sous nos yeux. Il est de notre devoir d'évoquer le travail de Léon Losseau qui a voulu faire de son hôtel particulier une vraie demeure d'avant garde dans l'esprit... de l'Art Nouveau et de Victor Horta.

mardi 22 mars 2011

Marine Le Pen "Une fausse dure " ?


Les sociétés modernes sont multiculturelles, le FN n'y pourra jamais rien.

Marine Le Pen « une fausse dure » ?


C'est ce que titre le site « 24 heures actu.com » lorsqu'il évoque la présidente du Front National français. Georges Kiejman (grand avocat au barreau de Paris et ex ministre de gauche) explique que la fille de Le Pen est une « fausse dure » puisque elle a aidé de nombreux sans papiers à être régularisés durant ses débuts d’avocate. Il aurait déclaré à Michel Denisot et Jean-Michel Apathie, au Grand Journal de Canal Plus « La seule manière de descendre Marine Le Pen, c’est de révéler qu’elle a beaucoup de cœur car quand elle était jeune avocate et qu’elle était commise d’office pour des étrangers en menace d’expulsion, je peux vous dire qu’elle se battait comme une folle pour qu’on n’arrive pas à les expulser ! Il faut la démolir par sa faiblesse, elle est une fausse dure ! »

Depuis quelques jours les sondages la donne favorite pour les élections présidentielles de 2012. Que penserait son électorat s'il se révélait qu'en effet elle s’est battue pour obtenir des papiers à des clandestins ? En même temps, elle pourrait aussi, paradoxalement, bénéficier d’une image plus humaine que sont père et du coup « déculpabiliser » ceux qui vote FN.
Le discours anti-républicain du FN séduit de plus en plus de français. Ce matin, le Premier ministre appelle les électeurs de sa majorité à « voter contre le Front national » en cas de duel PS-FN, alors que Nicolas Sarkozy préfère laisser ses électeurs « libres » de choisir. Sur Challenge's.fr un article intéressant résume en quelques mots le choix de ces électeurs FN. Il y a eu « LA FRACTURE SOCIALE », dénoncée par Jacques Chirac, puis « La France d'en haut et la France d'en bas », de Jean-Pierre Raffarin. L'analyse de la rupture entre le peuple et les élites s'enrichit d'un nouveau concept : « Le monde d'à côté ». Marine le Pen sait quel discours il faut tenir pour séduire et apaiser la population qui se paupérise de plus en plus. Grande rhétoricienne, elle répondra à Dany Boon qui l'a vivement critiqué : Plus les artistes, qui sont d'ailleurs de plus en plus nombreux à aller planquer leur argent à l'étranger, s'expriment contre le Front National et plus le Front National monte. Quel culot, quand on sait que cette femme a vu le jour à Neuilly et grandi à Saint-Cloud, dans un château estimé à ... 6, 45 millions d'euros !







vendredi 4 mars 2011

Mon nouveau roman paraîtra dès le 15 mars prochain

L'INSPIRATION

L'INSPIRATION

Pour ceux à qui la langue de shakespeare fait défaut :
"Le but de la vie n'est pas de se trouver mais de  se créer"


L'un des grands mystères de l'écriture reste, pour le lecteur comme pour l'écrivain, le ou les éléments qui nourrissent l'inspiration. Mes jeunes lecteurs dans les classes m'interrogent souvent sur ce qui me pousse à l'écriture et comment ce qui m'y pousse prend vie sous la forme de mots et de phrases. « Vous arrive-t-il de connaître l'inspiration en faisant vos courses ou la vaisselle ? Vous arrive-t-il de vous lever la nuit pour écrire ? ». Les écrivains répondent qu'il n'y a pas de règles en la matière. Tous fonctionnent différemment et sont sous l'influence de différents éléments qui favorisent ou pas l'inspiration. Certains écrivent quand ils vont mal, certains ne peuvent écrire que s'ils vont bien, d'autres encore écrivent quels que soient leurs états d'âme. Il existe des écrivains sujet à un besoin urgent d'écrire (à la piscine, dans un bistrot) d'autres doivent se mettre en « état » d'écriture.
Se mettre en « état » d'écriture est la méthode la plus répandue parmi les mères écrivaines. La maternité happe, dévore chaque moment de la journée. Quel que soit l'âge des enfants ( à fortiori lorsqu'ils sont encore à la maison) notre esprit est sans cesse préoccupé par les éléments qui concernent leur quotidien, leur bien-être et ceux relatifs à leur avenir et à ce qui pourra être construit aujourd'hui pour l'équilibre de demain. Le sport de l'un et de l'autre, les réunions de parents à l'école, les rendez-vous chez les copains, les orthodontistes, les logopèdes, les professeurs particulier... Les courses chez l'épicier, le boucher et en grande surface qui accaparent une journée entière de la semaine lorsque l'on est organisée ou dix fois par semaine lorsqu'on l'est moins. La cuisine où il faut exceller et innover sous peine de voir votre préparation jugée de banale et routinière. Le ménage et notamment le salon, témoin des soubresauts des buts marqués dans le match de football visionné la veille. Etc, etc. Évidemment, plus il y a d'enfants plus ces tâches sont décuplées. (Je n'oublie pas les « écrivaines grands-mères » qui doivent elles aussi faire preuve d'une grande disponibilité et souplesse si elles ne veulent pas être taxées de mauvaises grands-mères)
L'inspiration ? Il faut la susciter, la provoquer, se l'autoriser ! J'y consacre un chapitre dans « Écriture et Maternité ».

vendredi 18 février 2011

Ingrid Betancourt, soeur dans les rêves.


Moi et Ingrid Betancourt (Foire du Livre de Bruxelles 2011)

Ingrid Betancourt, soeur dans les rêves.


« Même le silence a une fin » est le livre qu'Ingrid Betancourt a publié en septembre dernier pour évoquer sa captivité par les FARC, dans la jungle colombienne, pendant près de six ans et demi. Témoignage bouleversant sur le quotidien d'une femme qui briguait le poste de présidente de la Colombie avant que le destin n'en décide autrement. Issue d'un milieu aisé et intellectuel (son père était ambassadeur) elle est devenue l'amie de Dominique de Villepin (ex premier ministre français) rencontré à Sciences Po, lorsqu'elle y était étudiante. La détention dans la jungle a transformé Ingrid. Ses priorités sont aujourd'hui ailleurs : « ce qui m'a permis de tenir est l'amour, l'amour de mes enfants, de mes proches et surtout ... la foi ! » la foi en Dieu mais aussi la foi en l'homme et en ce qu'il est capable d'accomplir même dans les pires moments. La peur, l'humiliation, la promiscuité, les pluies diluviennes, la faim, la douleur physique (une dysenterie terrible) et morale (la dépression) n'ont jamais eu raison de sa détermination, celle de s'en sortir vivante. Ce qui m'a particulièrement touchée lors de la lecture de ce livre est que les valeurs acquises par l'humanité, après des siècles de civilisation, sont fragiles lorsqu'il est question d'instinct de survie. Ingrid nous décrit les rivalités entre détenus, les complicités avec les FARC pour bénéficier d'un meilleur traitement etc. Les lendemains incertains : serais-je libérée dans un jour, une semaine, un an ou dix ans ? Ingrid quettait les signes chez ses gardiens ou les membres de la hiérarchie des FARC pour tenter de déceler si le moment de sa libération est proche.


 « Enchaînée par le cou à un arbre, privée de toute liberté, celle de bouger, de s'asseoir, de se lever ; celle de parler ou de se taire ; celle de boire ou de manger ; et même la plus élémentaire, celle d'assouvir les besoins de son corps... J'ai pris conscience – après de longues années – que l'on garde tout de même la plus précieuse de toutes, la liberté que personne ne peut jamais vous ôter : celle de décider qui l'on veut être. »

Ingrid Betancourt a dédicacé mon exemplaire par cette phrase superbe : « A Malika, sœur dans les rêves, courage pour le combat. »

samedi 12 février 2011

Luc Collès
Le Langage et l’Homme, vol. XXXXVI, n° 1 (juin 2011)
La marginalité dans une oeuvre littéraire :
 
 
Nuit d'Encre pour Farah de Malika Madi
Luc COLLÈS
Université catholique de Louvain
 
 
La marginalité peut se concevoir de multiples façons dans une oeuvre littéraire. Nous allons le montrer par le biais de l'analyse du roman Nuit
d'Encre pour Farah, écrit par Malika Madi, femme d'origine algérienne vivant
en Belgique.
Farah, étudiante en dernière année de secondaire, vit en Belgique avec sa
famille d'origine algérienne. Alors que ses deux grandes soeurs, Latifa et Lila,
sont éduquées par leur mère afin de devenir de bonnes épouses pour un mari
algérien, Farah peut à loisir se livrer à sa passion dévorante: la lecture des
grands auteurs. Son plus grand rêve est d'aller à l'université pour y étudier la
littérature. Mais tout bascule quand ses deux soeurs décident de fuguer et
s'évanouissent dans la nature. Farah est alors mariée de force à l'homme que
Latifa devait épouser, et part vivre en Algérie en abandonnant contre son gré
ses projets d'étude. Après sept années passées en Algérie, elle finit par quelque
peu s'habituer à son rôle d'épouse, même si elle ne peut avoir d'enfant et que
l'ombre de la trahison de ses soeurs ne la quitte jamais. Elle découvre alors que
celles-ci ont repris contact avec sa mère, qui les avait pourtant répudiées,
qu'elles vivent au Québec et que Lila a eu une fille. Cette trahison est celle de
trop pour Farah, qui finit par sombrer dans la folie.
1. Une littérature culturellement marginale
Malika Madi, d'origine algérienne, fait partie de la deuxième génération
issue de l'immigration maghrébine et arrivée en France et en Belgique. Les
écrivains qui en sont issus ont été regroupés au sein d'une littérature francomaghrébine
appelée communément « beur ». Un regroupement effectué à
cause des thèmes qui sont évoqués, lesquels sont souvent les mêmes. Ainsi,
« (...) la littérature beur se déroule selon deux grands axes thématiques: la vie
134 LA MARGINALITÉ DANS UNE OEUVRE LITTÉRAIRE…
en banlieue au quotidien (...) ; les problèmes d'identité double ou déchirée,
sujet qui inclut souvent des problèmes de communication avec le père, de qui
on n'a qu'une image complètement déstructurée et, parallèlement, une mémoire
tronquée et brisée (...). » (Lebrun & Collès, 2007, 68)
Nous retrouvons ces thématiques dans le roman de Malika Madi, comme
nous le verrons plus loin. Mais ces ouvrages se regroupent également autour
de caractéristiques esthétiques, comme leur liberté de formulation et de
syntaxe, mais aussi le recours à l'humour et à l'ironie: « La littérature beur,
parole du malaise, de l'écartèlement et de la différence porte, dans son humour
même, la colère, la rupture. » (Lebrun & Collès, 2007, 71)
- (...) Ici, nos garçons ne veulent plus se marier avec des Algériennes. Regarde mes fils, sur
les sept, je n'ai pu en convaincre que deux d'épouser des filles de chez nous. Les autres:
deux Belges, une Italienne, une Polonaise et une Flamande. Tu te rends compte?
Ma mère, perplexe, tenta une question :
Les Flamands, c'est pas des Belges?
Si, mais ce n'est pas vraiment une Flamande... Elle parle comme eux quand elle téléphone à
sa mère, mais je sais plus c'est quel pays... (70)
Derrière la touche ironique sur le manque de connaissances
géographiques d'Ourdia, l'amie de la mère de Farah, se trouvent des
accusations plus profondes sur la réalité algérienne: la différence de traitement
entre un fils et une fille, le désintérêt des mères pour les beaux-enfants qui ne
sont pas du pays, etc.
Nuit d'encre pour Farah contient donc toutes les caractéristiques qui en
font une oeuvre de la littérature beur à part entière. Celle-ci tend peu à peu à se
faire connaître tout en développant sa propre vision de l'écriture et de la
société.
 
2. Quête d'identité
Les problèmes liés à l'identité sont l'un des principaux axes thématiques
de la littérature beur. Coincés entre deux cultures, les immigrés sont obligés
de s'adapter à une nouvelle société, non sans heurts: « Exilé dans un pays
étranger, l'immigré se trouve confronté à un nouveau système de valeurs, dont
il subit peu à peu l'influence, même si c'est de façon inconsciente. Cette
oscillation entre deux cultures, celle de son pays d'origine et celle de son pays
d'accueil, lui fait perdre ses points de repère, le perturbe et le déstabilise dans
sa vision du monde; son identité devient de plus en plus nébuleuse » (Lebrun
& Collès, 2007, 104). Cette situation est vécue différemment par les parents et
par leurs enfants, qui vivent une réalité différente. Ainsi, dans le roman de
Malika Madi, les deux grandes soeurs de Farah vivent une relation
conflictuelle avec leur mère qui veut les obliger à vivre selon les traditions de
son pays origine. Mais la société occidentale dont elles sont davantage
imprégnées les oblige à penser différemment :
J'eus alors l'idée de descendre à la cuisine, où ma mère, attablée, buvait un verre de thé.
Elle aussi avait pleuré, elle aussi était à bout, à bout de Lila et de cette société où tout est
mis en oeuvre pour vous déstabiliser, pour anéantir des siècles de traditions, d'us et de
LA MARGINALITÉ DANS UNE OEUVRE LITTÉRAIRE… 135
coutumes qui se confondent parfois, mais pas toujours, avec certains principes de l'islam.
Cette société déterminée à détruire les fondements et les principes de la famille dans ce
qu'elle a de plus noble et de plus ancestral. (39-40)
Lila et Latifa n'ont d'autre solution que de fuguer pour échapper à l'avenir
auquel les destine leur mère. Ce n'est que plusieurs années après que leur mère
leur pardonnera, prise de remords mais aussi sans doute davantage imprégnée
durant ce laps de temps par la société occidentale et ses coutumes.
Cette recherche d'identité s’affiche, dans la littérature beur, de différentes
manières : « sur le plan linguistique: il n'y a pas de véritable investissement de
la langue française, chez les femmes encore moins que chez les hommes.
Ceux-ci n'acquièrent que le strict minimum pour communiquer sans trop de
malentendus; sur la façon de vivre l'espace: un espace intime tente de
reproduire la manière de vivre originelle, chez soi ou dans certains quartiers. »
(L & C, 2007, 36) Ainsi la narratrice de Nuit d'encre pour Farah se moque de
la manière de parler de sa mère :
Tu n'auras qu'à faire un certificat médical, dit-elle avec un accent pitoyable. (52)
Ce roman traduit un malaise qui est bien palpable entre les enfants et
leurs parents. Car si ceux-ci ne sentent pas obligés de s'intégrer à cette
nouvelle société, leurs enfants, qui sont moins imprégnés par la culture de leur
pays d'origine, se trouvent pris entre deux feux: l'éducation volontairement
traditionnelle que tentent de leur inculquer leurs parents et la pression imposée
par la société occidentale: « Le véritable noyau qui va forger le style identitaire
des enfants est celui d'une société d'adoption, mais non plus d'une façon simple
ni harmonieuse. En effet, le message que cette société leur adresse est souvent
paradoxal: attraction et relégation dans les périphéries (...). C'est de cette
manière – et de façon quasi institutionnelle - que l'on forme des identités
marginales » (L & C, 2007, 37).
 
3. Être une femme de Lettres
Les femmes écrivains de la péninsule arabe critiquent vivement la société
qui les marginalise en tant que femmes, mais aussi en tant qu'artistes. Les
auteurs issus de l'immigration, et notamment Malika Madi, connaissent
également le besoin de s'exprimer sur ce sujet, à la différence près qu'elles ne
peuvent le faire sous leur véritable identité. Ce n'est pas la société qui est mise
en cause, mais plutôt l'impossible liaison entre deux cultures qui les oblige à
rester marginalisées durant toute leur vie:
Exiger la virginité jusqu'au mariage, la pudeur du corps et de l'esprit, puis envoyer ses filles
à l'école où la mixité n'est non seulement plus un tabou depuis trente ans, mais même plus
un sujet de discussion, c'est conciliable? (...) Et nous, les filles, payons notre passivité par
l'indifférence générale. (75)
Latifa exprime dans cet extrait tout le désarroi des femmes immigrées.
Pour l'auteur, il n'y a qu'une solution: fuir sa famille et reconstruire sa vie au
loin, pour ne pas avoir à subir la pression constante des deux cultures. Le
136 LA MARGINALITÉ DANS UNE OEUVRE LITTÉRAIRE…
bonheur de Latifa et de Lila est à ce prix, mais elles finissent malgré tout par
s'y résoudre.
Il est également difficile de ne pas reconnaître dans le personnage de
Farah les problèmes rencontrés par les femmes arabes qui désirent exprimer
leur passion ou leur art en toute liberté. Leurs rêves leur permettent d'échapper
temporairement à leur environnement familial:
J'étais libre, je travaillais bien et j'étais la meilleure élève du cours de français. Les
angoisses, les peurs, les doutes de mes soeurs m'étaient un monde étranger. (17)
Mais elles sont pourtant bien vite ramenées à la dure réalité. L'héroïne du
roman se voit obligée de mettre fin à ses ambitions personnelles, elle
n'échappe pas à la pression sociale.
Conclusion
La thématique de la marginalité est bien présente à différents niveaux
dans le roman de Malika Madi: dans le style utilisé (recours à l'humour,
formulation assez libre), dans le choix des thèmes évoqués (les problèmes
d'identité de la population immigrée) ou encore dans les conditions même de
production de ce roman (écrit par une femme arabe). Cette analyse montre
donc que la littérature beur peut en certains points être comparée à la littérature
arabe contemporaine, mais qu'elle s'en démarque également (il en va de même
avec le reste de la production littéraire francophone) pour créer
progressivement son propre style et développer des sujets qui lui sont chers
(notamment la situation dans les banlieues et la difficile quête d'une identité
propre). La marginalité est notamment évoquée dans cette littérature pour
démontrer tous les progrès qu'il reste à effectuer pour que cette population
immigrée soit définitivement intégrée dans une société qui ne lui a pas tendu
spontanément les bras.
Bibliographie
Lebrun Monique et Collès Luc (2007), La littérature migrante dans l'espace francophone:
Belgique-France- Québec-Suisse. Cortil-Wodon : EME.
Madi Malika (2005), Nuit d'Encre pour Farah. Mons : Éditions du Cerisier.
Collès Luc, (2008), La quête identitaire des adolescents issus de l’immigration à travers un roman
de la littérature beur. Le Langage et l’Homme, XXXXIII, 64-77.

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